En effet, pour des individus dont la satisfaction des besoins essentiels – manger, se loger, se soigner, se déplacer – est chaque jour une conquête renouvelée, l’espace familial n’assure pas nécessairement un rôle protecteur et médiateur, ni par rapport à l’environnement extérieur (protection physique et sécurisation économique), ni même pour ses membres dans leurs interrelations (régulation des conflitse).
En effet, Contre toute attente, les manifestations de la violence restent souvent imparfaitement régulées et rarement désamorcées, et sont parfois avivées par la nature même des rapports interindividuels, fortement marqués par les différences de statut et de pouvoir et par les disparités des conditions de vie.
De ce fait, la cour familiale semble à la fois constituer un réceptacle des formes de violence extérieure et un point d’observation privilégiée des tensions violentes qui mettent à l’épreuve la cellule familiale. L’éventail de ces formes de domination et de confrontation est large : il va de la décision imposée en termes de prise de parole, de mariage ou de déplacement, à la dépossession arbitraire d’un bien et de son usufruit en passant par la menace et l’exclusion. C’est pourquoi, sous des dehors de solidarité, d’esprit communautaire, d’hospitalité, de propension à jouir du présent, du sens de la fête, la famille africaine mêle dans l’indicible des sentiments aussi contrastés que le respect et la crainte, l’affection et la distance, l’amour et la haine, la convivialité et la solitude. Par ailleurs, la précarité renforcée des conditions d’existence, après plus d’une décennie de crise et d’ajustement structurel, n’est pas de nature à favoriser des rapports interindividuels fondés sur la confiance et le dialogue. Qui plus est, la médiation de l’affect et de l’intimité parfois opérée par la famille constitue une douloureuse mise à l’épreuve du lien social et des sentiments.
Nzuba Nkandi G3